Gestion des risques
Assurance entreprise

Incendie : êtes-vous vraiment bien assuré ?

Anthony COUTAL

Fondateur et CEO

5 August 2026

Résumé

Les incendies de l'été 2026 rappellent qu'un feu peut menacer en quelques heures une habitation, un véhicule ou l'activité d'une entreprise. Être assuré ne signifie pas que toutes les conséquences seront automatiquement prises en charge : encore faut-il que les biens, les capitaux, l'assistance et les garanties de continuité d'activité soient adaptés à la réalité du risque.

Les incendies nous rappellent une réalité

Chaque été, les incendies rappellent la vulnérabilité croissante de nos territoires face au changement climatique.

En Gironde, dans les Landes comme dans le Var, des milliers d'hectares peuvent partir en fumée, des habitations être menacées, des entreprises interrompre leur activité et des centaines de personnes être évacuées.

Au-delà des images impressionnantes, une question revient systématiquement :

Suis-je réellement bien assuré si cela m'arrive demain ?

La réponse est rarement aussi simple qu'un oui ou un non. Tout dépend des garanties souscrites, des biens déclarés, des plafonds, des franchises et surtout du fait générateur prévu par le contrat.

La garantie incendie couvre-t-elle les feux de forêt ?

Lorsqu'elle est acquise, la garantie incendie d'un contrat habitation ou professionnel peut prendre en charge les dommages directement causés par un feu de forêt aux biens assurés, dans les limites, plafonds et exclusions prévus au contrat.

L'indemnisation de ces dommages relève en principe de la garantie incendie. Elle n'est donc pas nécessairement conditionnée par la publication d'un arrêté de catastrophe naturelle.

Selon le contrat et la qualité de l'assuré, cette garantie peut notamment concerner :

  • les bâtiments et les aménagements immobiliers assurés ;
  • le mobilier, le matériel et les équipements professionnels ;
  • les marchandises et les stocks, dans la limite des capitaux déclarés ;
  • certains frais de démolition, de déblaiement ou de mise en sécurité ;
  • les dommages provoqués par l'intervention des secours lorsqu'ils entrent dans la garantie.

Il faut toutefois vérifier que le bien concerné est effectivement assuré. Une dépendance non déclarée, un équipement extérieur exclu ou un capital insuffisant peut réduire fortement l'indemnisation.

Être assuré ne signifie pas être correctement protégé

C'est probablement l'erreur la plus fréquente. Beaucoup de propriétaires ou de dirigeants pensent être suffisamment couverts parce qu'ils disposent d'un contrat.

En réalité, l'indemnisation dépend notamment :

  • des surfaces, usages et dépendances déclarés ;
  • des capitaux assurés pour le mobilier, le matériel et les stocks ;
  • des plafonds et sous-limites de garantie ;
  • des franchises et de la vétusté éventuellement appliquée ;
  • des exclusions et des obligations de prévention ;
  • des options effectivement souscrites.

Le coût de reconstruction d'une habitation peut avoir fortement évolué depuis la souscription. De la même manière, une entreprise ayant investi dans de nouvelles machines, augmenté ses stocks ou développé une nouvelle activité peut se retrouver sous-assurée si son contrat n'a pas été actualisé.

Être évacué ne signifie pas être automatiquement indemnisé

Une évacuation ordonnée par les autorités n'est pas, à elle seule, une garantie d'indemnisation. Lorsque le logement ou le local professionnel n'a subi aucun dommage, la prise en charge dépend de la rédaction du contrat : événement garanti, inhabitabilité, impossibilité d'accès, décision des autorités, durée minimale, franchise et plafonds applicables.

À titre exceptionnel, dans le cadre des incendies de juillet 2026, des mesures d'accompagnement ont été annoncées pour les occupants ayant dû évacuer leur résidence principale à la demande des autorités, même sans dommage. Le remboursement des frais de relogement intervient sur justificatifs, dans les conditions et limites prévues au contrat, pendant une période maximale de trois semaines et uniquement pendant la durée de l'interdiction d'accès.

Cette mesure exceptionnelle ne constitue pas une règle générale applicable à toutes les évacuations futures. Les résidences secondaires, les locations saisonnières, les locaux professionnels et les autres dépenses liées à l'évacuation ne bénéficient pas nécessairement du même traitement.

Assistance et indemnisation : deux protections différentes

La garantie dommages indemnise les biens endommagés. La garantie d'assistance organise ou finance certains services d'urgence : hébergement temporaire, gardiennage, intervention d'un serrurier, transfert du mobilier, nettoyage, retour anticipé ou soutien psychologique.

Ces prestations ne se déclenchent pas toutes de la même manière. Selon les contrats, l'assistance peut exiger :

  • un sinistre garanti ayant affecté le logement ou les locaux ;
  • un logement devenu inhabitable ou un local devenu inexploitable ;
  • une immobilisation effective du véhicule ;
  • un appel préalable à la plateforme d'assistance avant d'engager les frais.

Il faut aussi distinguer une prestation réellement prise en charge d'une simple mise en relation avec un prestataire. Dans ce dernier cas, le coût de l'intervention peut rester à la charge de l'assuré.

Et votre véhicule ?

Un véhicule incendié ne relève pas du contrat habitation. Son indemnisation dépend du contrat automobile et de la souscription effective d'une garantie incendie ou dommages.

L'assistance automobile doit être examinée séparément. Elle peut parfois organiser le dépannage, le remorquage, l'hébergement, la poursuite du voyage ou un véhicule de remplacement lorsque le véhicule est immobilisé par un incendie, y compris lorsque le contrat ne prévoit pas l'indemnisation de sa valeur.

En revanche, lorsque le véhicule est intact et utilisable, la seule obligation d'évacuer une zone ne déclenche généralement pas l'assistance automobile.

Le plus gros risque arrive parfois après l'incendie

Lorsque les flammes sont éteintes, une autre difficulté commence.

Pour une famille

  • où vivre pendant les travaux ?
  • pendant combien de temps les frais seront-ils pris en charge ?
  • quels frais de transport, de déménagement ou de première nécessité sont couverts ?
  • que deviennent les animaux, le mobilier et les biens entreposés ?

Pour une entreprise

  • comment continuer à payer les salaires, les loyers, les emprunts et les fournisseurs ?
  • comment maintenir un service minimum ou travailler depuis un site provisoire ?
  • combien de temps la garantie indemnise-t-elle réellement ?
  • les frais supplémentaires engagés pour redémarrer seront-ils remboursés ?

C'est précisément le rôle des garanties de relogement, de perte d'usage, de perte d'exploitation et de frais supplémentaires d'exploitation. Leur présence ne suffit toutefois pas : leurs conditions, leurs plafonds et leurs durées doivent être adaptés à la situation réelle.

Les extérieurs sont-ils couverts ?

Piscine, clôture, pergola, panneaux photovoltaïques, cuisine d'été, abri de jardin, borne de recharge, mobilier extérieur ou plantations : tous ces éléments ne sont pas systématiquement couverts de la même manière.

Selon les contrats, certains doivent être déclarés spécifiquement, relever d'une option ou être soumis à un plafond particulier. Les arbres, plantations, clôtures végétales, terrains et aménagements paysagers figurent notamment parmi les biens souvent exclus ou fortement limités.

Le nettoyage des produits retardants, la surconsommation d'eau engagée pour protéger le bien ou l'hébergement d'animaux évacués ne sont pas non plus automatiquement garantis. Ils peuvent faire l'objet de mesures exceptionnelles, mais ne doivent pas être considérés comme systématiquement acquis.

Les entreprises sont particulièrement exposées

Les incendies ne détruisent pas uniquement des bâtiments. Ils peuvent interrompre une activité alors même que les locaux sont restés intacts : route coupée, périmètre évacué, accès interdit, fumées, coupure de réseaux ou impossibilité pour les salariés et les clients de se rendre sur le site.

Cette distinction est essentielle, car elle détermine le mécanisme de garantie susceptible d'intervenir.

1. Lorsque les locaux ou les biens sont endommagés

La perte d'exploitation classique intervient généralement lorsque l'interruption ou la réduction de l'activité résulte d'un dommage matériel garanti. Elle peut alors couvrir, dans les limites du contrat :

  • la perte de marge brute ;
  • les charges fixes supportées pendant l'arrêt ;
  • certains frais supplémentaires engagés pour maintenir ou reprendre l'activité ;
  • la location temporaire de locaux, de matériels ou de solutions de secours lorsqu'elle est prévue.

Si l'incendie n'est pas garanti au titre des dommages matériels, la perte d'exploitation classique consécutive à cet incendie ne sera normalement pas mobilisable.

2. Et si la perte d'exploitation complète n'a pas été souscrite ?

Certains contrats permettent de souscrire séparément une garantie de frais supplémentaires d'exploitation, parfois appelée « frais nécessaires à la poursuite de l'activité » ou « frais de reprise d'activité ». Cette protection peut également être incluse dans une garantie de perte d'exploitation complète.

Lorsqu'elle est souscrite seule, elle ne rembourse généralement ni la perte de chiffre d'affaires, ni la perte de marge brute, ni le bénéfice perdu. Elle prend en charge, dans les conditions et limites du contrat, les dépenses exceptionnelles engagées pour maintenir l'activité, limiter son interruption ou accélérer sa reprise après un incendie.

Selon le contrat, ces frais peuvent notamment concerner :

  • la location provisoire de locaux, de machines ou de matériels de remplacement ;
  • le transfert du matériel, des marchandises ou des stocks ;
  • le recours temporaire à la sous-traitance ou à des travaux exécutés hors des locaux ;
  • des frais de transport exceptionnels, d'intérim ou d'heures supplémentaires ;
  • la mise en place de solutions informatiques ou techniques provisoires nécessaires à la continuité de l'activité.

Cette garantie peut constituer une protection intermédiaire utile lorsqu'une perte d'exploitation complète n'a pas été souscrite. Elle reste toutefois généralement conditionnée à la survenance d'un dommage matériel garanti. Les dépenses doivent être nécessaires, justifiées et souvent engagées avec l'accord préalable de l'assureur ou de l'expert. Elles sont également soumises à un plafond et à une durée maximale de prise en charge.

Elle ne doit pas être confondue avec une garantie d'impossibilité ou d'interdiction d'accès. Lorsque les locaux sont intacts mais rendus inaccessibles par un incendie situé à proximité, une extension spécifique peut être nécessaire.

3. Lorsque les locaux sont intacts mais inaccessibles

La perte d'exploitation classique ne suffit pas nécessairement. Une extension spécifique d'impossibilité ou d'interdiction d'accès doit être prévue au contrat.

Selon les contrats, cette extension peut exiger :

  • une décision formelle d'une autorité publique ;
  • un incendie ou un autre événement expressément désigné ;
  • des dommages matériels survenus aux abords du site ou dans un périmètre contractuel déterminé ;
  • une interruption minimale de l'activité ;
  • une franchise temporelle de plusieurs jours ;
  • une durée maximale et un plafond spécifique d'indemnisation.

Toutes les entreprises peuvent être concernées, mais la vulnérabilité est particulièrement forte lorsque l'activité dépend :

  • d'un site unique ou difficilement accessible ;
  • de l'accueil du public ;
  • de stocks, denrées ou marchandises sensibles ;
  • d'installations frigorifiques ou de réseaux électriques indispensables ;
  • de machines longues ou coûteuses à remplacer ;
  • d'un accès routier essentiel aux livraisons ;
  • de fournisseurs ou sous-traitants stratégiques.

Quelques jours ou quelques semaines d'arrêt peuvent suffire à fragiliser la trésorerie. Le contrat d'assurance doit donc être complété par un plan de continuité d'activité réaliste et régulièrement testé.

Votre localisation change votre niveau de risque

Toutes les communes ne présentent pas la même exposition. Habiter ou exercer son activité à proximité d'un massif forestier ne présente pas les mêmes risques qu'en centre-ville dense.

Les données publiques permettent notamment d'identifier les risques connus à une adresse :

  • feu de forêt ;
  • inondation ;
  • retrait-gonflement des argiles ;
  • mouvements de terrain ;
  • sismicité ;
  • submersion marine ;
  • risques industriels et technologiques.

Ces informations doivent être rapprochées des caractéristiques du bien, de son environnement, des voies d'accès, des moyens de prévention et des garanties du contrat. Une analyse à l'adresse reste nécessaire pour apprécier l'exposition réelle.

Dans les zones concernées, le respect des obligations légales de débroussaillement constitue également un enjeu majeur de prévention. Il réduit la propagation du feu et facilite l'intervention des secours.

Les dix questions à se poser

Avant qu'un sinistre ne survienne, prenez quelques minutes pour vérifier :

  1. Les surfaces, dépendances et usages du bien sont-ils correctement déclarés ?
  2. Les capitaux mobiliers, le matériel, les marchandises et les stocks ont-ils été actualisés ?
  3. Les extérieurs, panneaux photovoltaïques, piscines, clôtures et plantations sont-ils couverts ?
  4. Que prévoit le contrat si le logement est inhabitable ou simplement inaccessible ?
  5. L'assistance intervient-elle uniquement après un sinistre garanti ?
  6. Mon véhicule est-il garanti contre l'incendie et bénéficie-t-il d'une assistance adaptée ?
  7. La perte d'exploitation suppose-t-elle un dommage matériel garanti ?
  8. Si je n'ai pas souscrit de perte d'exploitation complète, mon contrat prévoit-il au moins une garantie de frais supplémentaires permettant de poursuivre ou de reprendre l'activité après un incendie ?
  9. Existe-t-il une extension d'impossibilité ou d'interdiction d'accès ?
  10. Quelle est la franchise temporelle et pendant combien de temps serai-je indemnisé ?

Si vous hésitez sur une seule de ces réponses, il est probablement temps de faire un point.

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Êtes-vous réellement prêt à repartir après un incendie ?

Être assuré ne signifie pas que toutes les conséquences d'un incendie seront automatiquement prises en charge. La destruction des biens, le relogement, le remorquage d'un véhicule, l'assistance d'urgence, l'interdiction d'accès, la perte d'exploitation et les frais supplémentaires répondent à des garanties différentes, avec leurs propres conditions, exclusions, franchises et plafonds.

Le rôle du courtier est précisément d'analyser cette articulation, de vérifier que les biens et les activités sont correctement déclarés et d'identifier les situations dans lesquelles le contrat pourrait ne pas répondre.

Après un incendie, la véritable question n'est pas seulement :

« Suis-je assuré ? »

Mais bien :

« Mon contrat me permettra-t-il réellement de me reloger, de remplacer mes biens et de reprendre mon activité ? »
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